Quel est l’emploi le plus inusité que vous ayez occupé dans votre vie ?  Tout le monde a déjà accepté un job  »en attendant » non ?

Moi, si.  Ça a même duré presque deux ans.

Je venais de claquer la porte de l’entreprise familliale de paternel alors que j’étais superviseur des opérations, pour une question d’orgueil ni plus ni moins.  J’avais 20 ou 21 ans.  Il y a de ces choix que vous faites parfois dans la vie pour les bonnes ou les mauvaises raisons qui influencent tout le reste de votre existence aussitôt que votre décision est prise.

Ça été mon cas.  En l’espace de quelques heures de réflexion, j’ai balancé sciemment toute chance que j’aurais eu de prendre un jour la relève de papa dans l’entreprise et ainsi être travailleur autonome à la tête d’une entreprise propère jusqu’à ma retraite.  J’ai aussi enterré une vie dont je ne voulais pas vraiment.  Celle ou tu sais à quelle heure tu commences le matin, mais tu ne sais pas quand tu rentreras chez toi.  Difficile d’être un bon conjoint dans les circonstances, ou un bon père de famille dans le futur.  J’ai finalement choisi de ne pas vivre la vie de mon père, et j’ai crissé mon camp avec fracas.

J’ai quitté en bons termes avec papa, qui comprenait à quel point l’orgueil dans la famille est une chose sur laquelle jamais on ne pilera, mais en mauvais terme avec la vice-présidente qui fut la cause de mon départ.  J’ai donc eu droit à un faux congédiement ce qui m’a permis de tirer 8 mois de chômage grâce à papa.

Je restais en appartement avec Babe depuis peu à l’époque et elle, s’était fait remerciée pour vrai en même temps que moi à son emploi précédant.  2 chômeurs sous le même toit.  Aller au bureau de chômage en couple était rendu notre activité romantique de prédilection.

Après quelques semaines, j’ai utilisé un contact que j’avais du temps ou j’étais mauvais garçon pour me trouver un job à temps partiel en dessous de la table.  Jay, un ancien go for des Nomads, m’a fait rentrer dans une entreprise d’excavation de la rive-sud, comme déneigeur de nuit.  Je devais déneiger l’hôpital Charles-Lemoyne à Longueuil au grand complet, ainsi que plusieures écoles de Longueuil-Brossard-St-Hubert. 

Appellons l’entreprise : Excavation XY pour les besoins de la cause.  Après quelques tempêtes, j’avais fait mes preuves comme travailleur infatiguable.  J’ai pelleté de la neige comme jamais dans ma vie.  En pleine nuit, avec une rage, une rancoeur et un acharnement que je ne me connaissais pas.  J’étais passé de superviseur des opérations à pelleteux de marches d’hôpital de nuit.  Ravalant mes larmes d’orgueil et de rage, je déneigeais en sacrament.

J’ai eu une promotion après quelques nuits.  On m’a donné un pick-up avec une pelle devant, une équipe de pelleteux, et une route de déneigement. J’étais un des rares qui avait un permis de conduire valide dans la compagnie.  Le boss aimait ça.  Je travaillais avec des criminels et des repris de justice.  C’était pas des enfants de choeur.  Moi je faisais mon travail, sans poser de questions à personne.  C’est comme ça que je me suis attirer le respect des autres. 

Mon équipe était deux fois plus productive que les autres.  Je maîtrisais l’art du déneigement en pick-up avec une belle facilité, tandis que mes pelleteux de marches étaient tous sur la poudre.  On opérait en s’il-vous-plaît et on finissait avant tout le monde.  Le boss a fini par me convoquer pour m’offrir du travail de jour, à temps plein, à mes conditions.  Je n’en avais qu’une seule.  Être payé au noir.  Du jour au lendemain, je travaillais 50hres/semaine de jour, plus le déneigement de nuit.  Je me tuais à l’ouvrage, mais ça me rapportait environ 900$ clair par semaine avec mon chômage.  Je fermais ma gueule et je travaillais.

À suivre…