Ce dimanche, je circulais avec ma blonde sur le boulevard Taschereau à Brossard. 

J’avais une envie de pisser olympienne que je trainais depuis la maison.  Je devais évacuer ces deux Sleeman rousses que j’avais éclusées avant de partir.  Je commençais à me dandiner sur le siège du passager. 

– Ok là bébé faut qu’on arrête quelque part, faut que je pisse d’urgence.

Je remarque un resto genre  »imitation de La belle Province » qui s’appelait La Belle frite ou quelque chose comme ça.  J’étais plus ou moins sobre je dois avouer. 

-Ça y est babe, on arrête ici ! Suppliai-je

Comme je suis mal à l’aise d’entrer dans un resto (si miteux soit-il), d’aller pisser et de ressortir tout de suite, sans demander mon reste, j’ai opté pour 3 steamés moutarde oignons.  Ma blonde voulait une frite alors elle est débarquée avec moi.

En entrant, je scanne le resto des yeux et devine que les toilettes sont dans le fond.  Je vais passer ma commande au gars dans la vingtaine qui est seul derrière le comptoir avant d’aller pisser.

Tout de suite, je remarque le sourire du gars qui me regarde m’en venir vers lui.  Genre de sourire qui vous laisse une mauvaise première impression chez quelqu’un.  Ce gars là, même avant d’avoir ouvert la bouche, ne deviendra jamais mon ami, je le sais.  Genre de sourire hautain, moqueur.  Ça va mal à la shop quand un gars qui flippe des burgers à temps partiel dans une imitation de Belle Province te regarde comme si t’étais un moins que rien !

Arrivé au comptoir, je remarque que le gars a les yeux rivés sur ma blonde et il lui sort ses plus beaux sourires et regards.  Je pense que je viens de comprendre pourquoi le gars ne m’aime pas.

– 3 moutarde oignons s’il-te-plaît. 

-Et madame ? (tout en continuant d’être ben fin avec ma blonde)

-Une frite.

-Scuse, tes toilettes sont par là ? Demandai-je

-Ouais.  Pis si jamais tu te rends pas, y’a le garde-robe entre les deux… Mais essaye de te rendre si t’es capable.  (Il cherche du regard un sourire complice de ma blonde qui reste de glace à ce que je peux voir.)

– ??? (J’étais déjà parti pour l’urinoire alors je n’ai pas bien compris tout ce qu’il disait mais je n’ai pas aimé l’intonation, je me retourne, lui fait un sourire stupide ou agacé et je vais pisser… quel soulagement.)

En revenant au comptoir je lis dans les yeux de ma blonde que c’est pas très gentil ce qu’il a dit avant ou pendant que j’étais au petit coin.  Je suis de nature bouillante et impulsive, mais quand j’ai un verre dans le corps ou autre substance illicite, je suis plus calme, je ne fais pas de vague.  Bien à jeun, ç’aurait fait longtemps que je lui aurait demandé quel était son problème.

Il cruise toujours ma blonde en finissant de préparer mes hot-dogs.  Je trouve ça drôle.  Je trouve que le jeune homme manque tellement de classe que je ne suis même pas jaloux, c’en est triste.  Il a besoin d’aide. Peut-être devrait-il consulter Marc Boilard.  Je me demande si sa technique de cruise a déjà fonctionné avec une dame…  Comme je suis avec ma madame depuis presque 6 ans, je ne suis pas trop nerveux qu’elle reparte avec lui après son quart de travail.

Il dépose enfin notre commande sur le comptoir et me regarde dans les yeux en me demandant si je veux du sel ou du ketchup avec les frites (toujours avec son air supérieur).  Je dis non.  Ma blonde dit oui.  Il s’esclaffe en me disant que les frites ne sont pas pour moi et que je n’ai pas d’affaire à répondre.  Je ne réponds plus…

Il me donne mes hot-dogs en me souhaitant bonne chance lorsque j’embrasserai ma blonde après mes 3 steamés aux oignons.  Je souris et on s’en va.

Je comprends le sens de steamés aux oignons et de sa remarque quand je déballe mes roteux dans l’auto.  Quelques gouttes de moutarde et un voyage d’oignons dans tous les hot-dogs.

J’en suis encore abasourdi de m’être fait niaisé par un vrai ti-clin de vingt ans dans une fausse Belle Province.  Il était trop tard, mais j’aurais aimé lui dire que d’après moi, il en a encore pour un bon bout de temps à flipper ses burgers dans son restaurant avec son attitude…

Pour ceux que ça intéresse, ma blonde ne m’a pas quitté.  Elle était dans mon lit ce matin et elle ne sentait pas les oignons…